Les ablutions ont été vite faites ça matin: pas d'eau chaude. C'est pas comme si en plus dehors il gelait à pierre fendre, tandis que notre petit chauffage d'appoint suffisait tout juste à rendre la température de la chambre supportable... Heureusement, le soleil déjà bien levé commençait à réchauffer l'atmosphère. On a enfin eu le panorama de la quebrada dans toute sa splendeur, on s'est lâché sur les photos, la montée des marchés à Cannes, c'est une plaisanterie... C'est vraiment un festival de couleurs, des carmins, des roses, des ocres, des verts, des parmes, on croirait l'œuvre délirante d'un peintre fauve imbibé d'absinthe qui aurait tout balancé sur sa toile comme ça vient, avec au final, un résultat épatant, à chaque kilomètre, de nouvelles nuances, de nouvelles strates, de nouvelles formes de montagnes, tantôt des parois abruptes érodées, tantôt des formes douces sablonneuses.
On a pris une route de montagne vertigineuse, encore une fois, avec des têtes d'épingles à n'en plus finir, jusqu'à un plateau, les salinas grandes. Ce salar éblouissant, nous l'avons traversé, de chaque côté, au loin, noyé dans les vapeurs de chaleur, des volcans, et des sommets andins. Plus loin, dans la steppe, des troupeaux de vigognes partagent leurs maigres buissons avec des ânes en liberté, ainsi que les cours d'eau frangés de glace, qui commencent à rester piégé sous les premiers frimas. Au loin, on devine des anfractuosités, au sein de la roche, c'est les canyons qui s'érodent sous les pluies violentes de la mousson. Notre pause midi, on l'a faite à Susques. Bêtement, je pensais que ça serait une ville, en fait, c'était juste une gros bourg, avec des maisons en pisé, une route en argile, des mobylettes, de la poussière, et pipette et molette. L'attraction de la ville. Autant dire, on a mangé pour rien. Sur la route du retour au salar, alors que le soleil commençait à descendre substantiellement, que les montagnes bleutées au loin se confondaient avec le salar, on a fait l'arrêt photo de trop, et on a craqué: à un pauvre petit stand, un couple vendait des bricoles en sel. N'écoutant que notre bon cœur, on leur a acheté un lama pour moi, et un cactus cardon pour molette. Qu'allons nous faire de ces babioles? On a pas encore décidé lequel de nos chanceux amis le recevra en cadeau!