Un col de plus à escalader, pour rejoindre la vallée de calchiques. Depuis salta, la route commence gentiment dans une rainforest bien touffue, on serpente dans la vallée, puis les choses sérieuses commencent, c'est le début de l'ascension. C'est impressionnant comme en quelques kilomètres la végétation change, se raréfiant rapidement, le paysage redevenant aride avec l'altitude. Au passage du col, on s'arrête pour profiter du panorama grandiose qui s'offre a nous. Il y a un petit stand au bord de la route: saucisses et étalage de frometons. Le vendeur a deviné notre faiblesse et nous fait goûter. Évidement il fait mouche, ça fait trois mois que j'ai pas mangé de siflard! Au passage, molette s'est trouvé un mari, il n'est certes pas chauffeur de taxi, mais avec ses cochonnailles au lama, il peut l'emmener au bout de la terre!
Nouveau changement de paysage une fois de l'autre côté: on arrive sur un plateau qui s'élève progressivement d'un côté, rempli de cactus cardon, tandis que de l'autre côté, une formation rocheuse multicolore vient barrer l'étendue de cactus. Au loin, des sommets enneigés de plus de 6000m d'altitude, nappés dans des vapeurs voilées. On se retrouve face à un canyon: la vallée se trouve en contrebas. Autour du rio qui serpente, des roseaux, quelques plantations, chevaux, ânes, chèvres, moutons. On s'arrête à Cachi, sur sa place principale, bordée d'arbres, d'église, et de bâtiments coloniaux récemment chaulés, certains même avec d'épaisses arcades, le tout noyé de soleil. Il n'aura pas fallu plus de 10 minutes pour que mes avant bras se colorent en carmin...ça tape! On est rudement bien sur notre terrasse... On arrive a se traîner jusqu'au cimetière, sur un promontoire qui offre une vue spectaculaire sur la vallée.
Les choses se compliquent, fin du macadam, c'est du ripio, une route de graviers. C'est cette satanée Ruta 40, celle là même qu'on a emprunté en bus, le temps d'un trajet de plus de 24h. Elle n'est pas en meilleur état dans le nord que dans le sud. Mais la gol tient le choc, pourtant ma conduite ne la ménage pas!
On a poussé plus loin l'exploration de la vallée, vers colomé, un domaine viticole, vraiment perdu au milieu de nulle part. Comment les espagnols ont eu l'idée d'y planter des vignes il y a plus de 100 ans, alors là, mystère et boule de gomme. Mais l'idée était excellente, les crus dégustés délicieux! Le propriétaire des lieux, un riche américain, nous a fait 15 minutes de propagande par vidéo interposée: il a les vignes les plus hautes du monde, 3200m d'altitude, il s'est trouvé là une 2ème maison ( le pauvre homme a tout de même 6 autres vignobles disséminés entre la Californie, l'australie et l'argentine!), et puis il fourni du travail à plus de 400 personnes dans le village et a aidé à construire école et église, bien sur. Une leçon de philanthropie made in USA. Sauf que dans la boutique, il y a des écharpes made in Pérou. Alors qu'à 40km de là, il y a des ateliers de tisserands traditionnels, el camino des artesianas, où j'ai acheté une magnifique écharpe en lama à une mamie à qui il ne restait plus qu'une dent sur toute la rangée supérieure... Pour la philantropie bien pensante, ils repasseront les ricains. Néanmoins ces écharpes ont fait un tabac auprès de répugnants touristes américains et brésiliens aux poignées pleines de dollars. Mis à part ça, l'intérêt de cette finca, réside dans une incroyable fondation d'art contemporain, le musée james Turrell. Il a fallu se cogner ces touristes bruyants sans aucune tenue, parce que la visite du musée ne se fait que sur réservation... Ce que nous n'avions pas prévu bien sur! Mais james Turrell, est un illusionniste, un magicien mathématicien mêlant lumière naturelle et artificielle, c'est bluffant, surtout dans ce lieu improbable. Ça rajoute encore au côté surnaturel!
Vue l'heure avancée, on s'est arrêté sur la route dans une ancienne hacienda, vraiment magnifique, avec son patio au milieu duquel trône un arbre centenaire, son enfilade de colonnades, et l'épaisseur de ses murs! Et un lit douillet, bien moelleux, de l'eau chaude...un bonheur absolu!